• "The Problem We All Live With" de Norman Rockwell, par Myléna Fribourg

    "The Problem We All Live With" de Norman Rockwell, par Myléna Fribourg

    The Problem We All Live With, Norman Rockwell (1964)

     

     

    Ce tableau, aujourd'hui conservé au Norman Rockwell Museum à Stockbridge dans le Massachusetts, a été réalisé par Norman Rockwell en 1964. À cette époque, l'artiste est déjà âgé de soixante-dix ans, et a derrière lui une longue expérience d'illustrateur. Sa carrière débute en 1916 ; il travaille alors pour le Saturday Evening Post, et ne sait pas encore que sa collaboration avec ce journal va durer plus de quarante-quatre ans. Il réalisera au cours de ces quatre décennies les couvertures les plus célèbres du journal. Mais son activité ne se limite pas au domaine de la presse écrite, il est également connu pour ses illustrations des romans de Mark Twain, ainsi que pour ses portraits d'hommes d'état.

     

    Ci-dessous, des portraits de Nasser puis de Kennedy.

     

     

    Nasser

     

    "The Problem We All Live With" de Norman Rockwell, par Myléna Fribourg

     

    Sur le plan de la technique, Norman Rockwell réalise ses dessins au fusain avant de les reproduire sur des toiles. Il utilise de la peinture à l'huile et passe du vernis sur chaque couche. Lorsqu'il commence à travailler à partir de photographies, sa peinture évolue vers l'hyperréalisme, mouvement dont il est l'un des précurseurs.

    S'il quitte le Sturday Evening Post en 1960, c'est avant tout pour gagner en liberté. Il est lassé de la ligne éditoriale un peu frileuse des dirigeants du journal. Ce regain de liberté va lui permettre de réaliser cette œuvre polémique dont nous allons parler, et qui est restée comme un des symboles de la lutte contre la ségrégation aux États-Unis.

     

    "The problem we all live with"

     

    "The Problem We All Live With" de Norman Rockwell, par Myléna Fribourg

     

    Par ce titre particulièrement évocateur (le problème avec lequel nous vivons tous), Norman Rockwell ne se contente pas de représenter un moment historique. Il en appelle aux consciences. L’œuvre représente l'entrée d'une jeune fille de six ans, Ruby Bridges, dans une école de la Nouvelle Orléans jusqu'alors réservée aux blancs. Le pays est encore au début d'un long processus censé conduire à l'abrogation définitive des mesures ségrégationnistes.

    Si la jeune Ruby est ainsi entourée par quatre marshals fédéraux, c'est parce qu'elle n'est pas la bienvenue dans cette école dont les portes lui étaient auparavant fermées. Il existe, dans la population blanche, de nombreux individus qui estiment que ce changement n'est pas un progrès, et qui ne veulent pas que leurs enfants étudient au contact d'afro-américains. Leur hostilité est représentée sur le tableau par cette tomate pourrie, écrasée sur le mur que longe la petite fille, et sur lequel apparaît également une inscription raciste,« Nigger », ainsi que les initiales du Ku Klux Klan, une association raciste, convaincus de la suprématie des blancs, et responsable de plusieurs assassinats dans le sud du pays.

    Quand on observe le tableau, deux questions nous viennent immédiatement à l'esprit. Pourquoi Norman Rockwell a-t-il choisi un plan qui prive les quatre marshals de leurs têtes ? Et pourquoi a-t-il choisi de leur prêter une démarche aussi mécanique ? On peut légitimement penser que Rockwell a simplement voulu mettre Ruby Bridges en valeur, en ne représentant aucun visage susceptible d'attirer notre regard ailleurs que sur celui de la petite fille. Mais on peut également penser qu'il les considère comme les simples rouages d'un système auquel ils obéissent machinalement. Elle, imperturbable, avance, le sourire aux lèvres et les yeux fixés sur son objectif, sans accorder la moindre attention à ces adultes vindicatifs, dont les esprits sont demeurés enlisés dans les préjugés raciaux. Aucun manifestant n'apparaît d'ailleurs sur la toile. Il ne reste de ces militants hostiles qu'une tomate pourrie jonchant le sol.

    On repense alors au titre du tableau, et on se dit que Norman Rockwell a simplement voulu rappeler à ses concitoyens que la stupidité, dont la petite fille est victime, n'est pas un problème qui concerne uniquement la population noire : tous les américains, même les blancs, en sont les victimes.

     

    D'autres tableaux de Rockwell évoquent la ségrégation. Voici une petite sélection :

     

    New Kids in the Neighborhood, 1967

     

    "The Problem We All Live With" de Norman Rockwell, par Myléna Fribourg

     

    Boy in a Dining Car, 1947

    "The Problem We All Live With" de Norman Rockwell, par Myléna Fribourg

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